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En mariant la rationalité écologique traditionnelle à la rigueur scientifique, le RESSAC a restauré la souveraineté semencière des femmes et des jeunes producteurs du Sud-Kivu. trois banques communautaires de semences, 125 artisans semenciers agréés et 2 535 ménages engagés : un modèle décentralisé qui a permis d’augmenter les rendements de 30 % en période de faible pluviométrie.

Contexte et justification

La variabilité climatique constitue un problème majeur en République Démocratique du Congo. Au Sud-Kivu, les populations subissent de plein fouet les effets de ces aléas et développent, pour y faire face, des stratégies de résilience.

Dans ce contexte, l’introduction massive de semences hybrides ou exotiques standardisées — souvent dépendantes d’intrants chimiques coûteux — s’est révélée être un échec de long terme pour les petits producteurs. Non seulement ces semences commerciales appauvrissent la biodiversité locale, mais elles installent les ménages agricoles ruraux dans une dépendance économique insoutenable. S’y ajoutent des normes de dotation en semences qui, au lieu de suivre une logique linéaire et lisible, s’enchevêtrent dans une multitude de procédures rendant difficile l’accès aux semences et aux intrants agricoles.

Les communautés locales possèdent pourtant, de longue date, des variétés traditionnelles patrimoniales qui ont coévolué avec le microclimat de leur milieu. Ces semences présentent une résilience intrinsèque élevée : tolérance accrue au stress thermique, résistance naturelle aux bio-agresseurs locaux et excellente adaptation à la structure physico-chimique des sols de la région. Elles apportent une réponse concrète au raccourcissement des pluies, aux mauvais tris et aux anomalies génétiques observées sur les pousses.

Malgré leur potentiel agronomique manifeste, ces variétés sont menacées d’extinction, faute de filières de multiplication structurées, de banques de gènes de proximité et d’une vulgarisation scientifique rigoureuse. C’est pour enrayer cette érosion que le RESSAC a proposé cette intervention, dont l’ambition est de restaurer la souveraineté semencière des femmes et des jeunes producteurs en mariant la rationalité écologique traditionnelle à la recherche scientifique.

Objectifs du projet

Objectif global : garantir la souveraineté alimentaire et renforcer la résilience des agroécosystèmes face aux changements climatiques au Sud-Kivu, par la sauvegarde, la multiplication et la vulgarisation à grande échelle des semences traditionnelles résilientes.

Objectifs spécifiques :

  • assurer l’identification et le phénotypage des variétés et écotypes de semences traditionnelles à forte résilience climatique dans le groupement de Mudaka ;
  • structurer un réseau local de production et de stockage décentralisé de semences de qualité, à travers la création de banques de semences communautaires gérées par les femmes et les jeunes producteurs agricoles ;
  • vulgariser et diffuser à grande échelle ces variétés résilientes au sein des systèmes agroforestiers et des champs paysans, afin de sécuriser les rendements.

Résultats obtenus

  • 15 écotypes traditionnels majeurs ont été sélectionnés au terme de séances de sélection participative conduites dans les champs agroforestiers.
  • Un catalogue technique illustré des semences résilientes a été édité et partagé avec les services étatiques de vulgarisation (IPAPEL, SENASEM).
  • 200 parcelles de sélection généalogique ont été cartographiées avec précision par systèmes d’information géographique (polygones de restauration semencière).
  • 3 banques communautaire de semences ont créée. et accompagnées.
  • 125 artisans semenciers — dont 60 % de jeunes et de femmes — ont été formés, agréés par le Service National des Semences (SENASEM) et sont actifs dans la production de semences de qualité.
  • 5 tonnes de semences traditionnelles résilientes ont été produites et stockées en toute sécurité, prêtes à être distribuées à chaque saison culturale.
  • 2 535 ménages agricoles adoptent activement ces semences, sur plus de 1 324 hectares de parcelles paysannes et de champs agroforestiers.
  • Une augmentation de 30 % des rendements agricoles globaux a été enregistrée en période de faible pluviométrie, par rapport aux parcelles cultivées avec des semences standards non adaptées.

Un modèle décentralisé, reproductible et approprié

La force du dispositif tient à son architecture : plutôt que de dépendre d’un approvisionnement extérieur, chaque village dispose désormais d’une capacité propre de sélection, de multiplication, de conservation et de redistribution. Les banques communautaires, gérées par les femmes et les jeunes eux-mêmes, fonctionnent sans électricité et restent donc opérationnelles quelles que soient les conditions d’infrastructure. L’agrément des artisans semenciers par le SENASEM inscrit par ailleurs cette production locale dans le cadre réglementaire national, condition de sa reconnaissance et de sa pérennité.

Le projet démontre ainsi qu’une alternative existe au modèle de dépendance semencière : une filière ancrée dans le patrimoine génétique local, validée scientifiquement, portée par les communautés et reconnue par les services publics. C’est tout le sens du mot d’ordre porté par les productrices et producteurs de Mudaka : « Nos semences, notre avenir. »

CHIFFRES CLÉS
Écotypes traditionnels sélectionnés15
Banques communautaires de semences3
Artisans semenciers formés et agréés125, dont 60 % de jeunes et de femmes
Semences produites et stockées45 tonnes
Ménages adoptants2 535
Superficie couvertePlus de 1 324 hectares
Gain de rendement+ 30 % en période de faible pluviométrie

Service Communication du RESSAC

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